Une femme court, éperdument amoureuse, un homme surgit, désespérément épris. Ils s'élancent l'un vers l'autre avec passion. Une musique venue des cieux accompagne leur course avec lyrisme. Ils tendent les bras. La musique se fait de plus en plus forte. Ils ne sont plus qu'à quelques pas l'un de l'autre. La musique s'intensifie et ils s'enlacent. Un piano tombe du ciel et les écrase! Noir!
LA PIECE
Drame burlesque en plusieurs tableaux évoquant la solitude et les actes désespérés qu'elle engendre "Est-ce qu'on ne pourrait pas s'aimer un peu?" raconte l'histoire d'une série de personnages dont les destins n'arrivent pas à se croiser. C'est une course poursuite éreintée et haletante entre des êtres meurtris et renfermés... Ils traversent la scène, devant un pianiste, lui-même seul et abandonné, ébahi, témoin silencieux et impuissant de notre vie quotidienne devant la détresse des autres. Cette quête de l'inaccessible amour de l'autre n'a pas de fin, les personnages de cette comédie hautement burlesque ne renoncent jamais, ils courent toujours, même après le baisser de rideau, leur vie n'est qu'une lutte déchirée et hurlante... Ils veulent s'aimer, se toucher, se rencontrer envers et contre tout, mais un destin ou une adversité sombre et irrémédiable les sépare obstinément !
LE STYLE
Ce spectacle musical et burlesque ne s'inscrit dans aucun genre connu, plus proche du cinéma muet d'avant guerre et du théâtre absurde d'après guerre - comme si la guerre n'avait pas été absurde. Il utilise la musique, le clown, la cascade, le texte, le mime, la grimace et le silence pour exprimer la quête d'amour.
LE THEME
C'est l'amour en opposition à la solitude! "Un seul être vous manque et tout est dépeuplé."
Il ne s'agit pas, dans cette pièce, de la solitude comme un état de fait accepté, bien au contraire nos personnages vont tout tenter pour sortir de cette spirale de départ... La solitude est abordée ici dans ce qu'elle engendre comme actes de désespoir pour sortir de ses filets... Pour nos personnages tous les moyens sont bons, du plus futile au plus tordu...
Ainsi, les destinées de nos personnages dérapent littéralement et passent du rationnel banal et quotidien à l'absurde le plus débridé.
Le spectacle, on s'en doute, n'apportera aucune solution à la solitude, et bien sûr ne prétend ni ne veut proposer de morale... Il n'est qu'une réflexion poussée à l'extrême devant des faits de tous les jours... Un agrandissement géant, peut-être, pour nous un moyen d'exorciser, et en tout cas une façon de briser notre vision et chercher autre chose que le regard indifférent que l'on laisse tomber sur le trottoir tel une maigre obole.
LA MISE EN SCENE
La mise en scène tend à réunir trois types de démarches : la musique (Serge Bodart), le mouvement et le corps (Sandrine Hooge) et le théâtre (Eric De Staercke). Il existe plus d'un point commun entre toutes ces disciplines, mais plus difficile est de les faire cohabiter parallèlement sur la scène et s'en servir pour la narration ou l'action dramatique.
C'est sur cet aspect précis que le TLT a déployé toute son énergie. C'est un jeu de clown, familier à Jaco Van Dormael, qui sert d'expression majeure et qui sous-tend les personnages et les scènes. Les caractères sont grossis, les gestes sont chorégraphiés et orchestrés, mais toujours servis par une sincérité et une sensibilité qui font osciller la mise en scène entre comédie et poésie dramatique.
LE DECOR, LES ECLAIRAGES, LES MAQUILLAGES et LES ACCESSOIRES
Tous ces éléments de la représentation, dans une parfaite sobriété et une totale symbiose, contribuent à mettre en valeur les situations, la musique et les personnages. Ils ont juste ce petit décalage qui permet le rêve, qui les dégagent de toute réalité froide et concrète.